Edito : Ulysse et les sirènes

Adopter une bonne gouvernance n’est pas la première priorité des fondateurs de start-up. Souvent vue comme une contrainte, incompatible avec l’agilité qui doit être la règle, la gouvernance permet pourtant de réduire les risques d’échec. A ce titre les fondateurs de start-up devraient s’inspirer d’Ulysse, le héros d’Homère qui a su mettre en place une bonne gouvernance lors du célèbre épisode des sirènes.

Les sirènes, d’après la mythologie Grecque, étaient des êtres symbolisant les âmes des morts. Leur chant puissant charmait les hommes et les menait dans une prairie couverte d’ossements où ils allaient périr, à l’image des marins qui les avaient précédés.

Par deux occasions elles échouèrent. Ulysse, bien sûr est connu pour avoir réussi à leur échapper. L’autre héros, qui dans les faits le précéda, fut Orphée. Il réussit à contrecarrer les effets de leur chant par son chant à lui, plus pur, plus puissant. Orphée était, il convient de le préciser, le plus grand poète, considéré comme le père de tous les musiciens.

Le cas d’une FinTech, une de ces start-ups de la finance exploitant les nouvelles technologies, semble à première vue être bien éloigné de cet épisode de la mythologie. Mais, à bien y réfléchir, le jeune dirigeant fondateur d’une telle FinTech ne risque-t-il pas d’être charmé par le chant des investisseurs désireux d’acquérir sa société ? Ne risque-t-il pas d’être obnubilé par les enjeux financiers colossaux lors d’une introduction en bourse au point de perdre toute lucidité ?

Ulysse, bien que roi d’Ithaque, n’avait pas les précieux dons d’Orphée. Pour pouvoir affronter le redoutable chant des sirènes il a eu conscience qu’il ne pouvait pas compter sur des dons magiques ou providentiels et encore moins sur la seule chance.

Il a tout d’abord, su écouter les conseils avisés de Circé, la magicienne. Ensuite, il a su mettre en place un dispositif de gouvernance approprié : attaché au mât, ses hommes munis de bouchons de cire dans les oreilles avec pour instruction de rajouter des liens s’il demandait à être libéré. Ce, tant que le bateau serait proche du rivage de l’île où les sirènes sévissaient.

Aussi pouvons-nous semble-t-il trouver un enseignement qui s’applique à nos start-ups aujourd’hui dans cet antique mythe. Il est des moments dans la vie d’une entreprise où le dirigeant tout fondateur et actionnaire qu’il soit n’est plus à même de prendre les décisions qui s’imposent. Il est des moments où la tentation de travestir la réalité des chiffres peut l’emporter sur la raison.

Un exemple l’illustre. Celui du scandale de LendingClub dont le dirigeant Renaud Laplanche est passé du statut d’un des entrepreneurs les plus adulés à celui d’une idole déchue. Il a été révoqué par son conseil pour avoir violé plusieurs règles et s’être placé en situation de conflits d’intérêt. Il aurait gagné à s’inspirer d’Ulysse. A écouter peut-être davantage les avis de personnes qualifiées et certainement à mettre en place en amont des dispositifs prévoyant de réduire ses moyens d’actions ou du moins de les contrebalancer en cas de besoin.

L’ambition de ce site n’est pas de formuler des recettes imparables qui éviteraient tout risque de faillite de FinTech ou tout scandale, mais plus pragmatiquement de formuler des recommandations concrètes qui doivent permettre – via une gouvernance renforcée – d’augmenter les chances de succès des FinTechs.

 

Stéphane Girardot

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